Que peut attendre l’Afrique de l’ élection de Macron en France?

1 mois déjà
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Une page de l’histoire se tourne, la France dans sa diversité a
confié son destin à Emmanuel Macron, un jeune de 39 ans.

Après une campagne très heurtée entre les républicains incarnés par Macron et les extrémistes sous la houlette de Marine Le Pen  cachés sous le décent  vocable  de « Patriote », la France a choisi le moindre mal.

Maintenant, il va falloir faire face à la réalité qui sera assurément differente des discours.
Aucune élection présidentielle en France  n ‘a laissé les africains et surtout leurs dirigeants indifférents pour des raisons tant historiques que conjoncturelles.

Que peut- on attendre de la politique africaine  de Macron ?
Certainement pas grand chose parce qu’en Afrique il s’ agira de la politique de la France voire de l’EU et non de Macron tout simplement, même s’il entend promouvoir avec l’ Afrique une nouvelle politique où la paix et l ‘esprit d’entreprise construiront le siècle qui commence.

Toutefois, dans son 1er discours post élections s’adressant aux francais, il a donné le ton en affirmant qu’il défendra les intérêts de la France…

Or les intérêts de la France en Afrique c’est: sauvegarder les acquis, conforter le pre-carré, assurer l’implantation et le monopole des multinationales pour une main mise totale sur l ‘Afrique et ses richesses, quel qu’en soit le prix.

Ainsi le discours peut varier vis à vis de l’ ‘Afrique, mais les intérêts ne varieront certainement pas.

Mais, l’exploit qu’il vient de réaliser est surtout un espoir pour la démocratie et un message au monde, à l’Afrique pour dire que l’heure de l’alternance  générationnelle a également sonné.

Avec son mouvement « En marche », saura-t-il renouveller la vie politique française  avec une ligne pro européenne, un programme libéral dans les domaines tant social qu’ économique. Rien n’est moins sûr dans une France fracturée, mais ouverte et une Europe qui protège.

Dans un tel contexte, la France ne saurait mener seule une politique vers l’Afrique, en revanche elle aura une politique offensive pour conserver ses acquis et se présenter d’un côté  comme un parrain et de l’autre, comme un partenaire sûr pour drainer l’Afrique vis à vis de l’Europe qui est un ressort  essentiel pour Macron.

Face aux grands défis du monde que sont: la menace de décomposition de l’UE, l’aggravation des tensions en Europe de l’Est, la montée du terrorisme au coeur de l’Europe, la prolifération  de l’islamisme radical au Moyen-Orient, en Afrique du Nord, l’incertitude de la politique étrangère des USA, sur fond de crise économique mondiale, il devra s’entourer des gens d’expérience pour asseoir sa stature d’homme d’Etat et renforcer le rôle de la France sur la scène internationale.

Mais, n’ ayant pas d’assise autre qu’électorale, il va devoir cohabiter avec les grandes formations politiques qui se partagent l’espace politique et se disputent le pouvoir en France ( extrême droite, droite, centre, gauche, extrême gauche), y compris la pression des puissants lobbies financiers qui ont favorisé son ascension au milieu de ce tumulte.

Pour tous ces grands ensembles politiques qui ont parfois dirigé la France chacun selon son temps, l’Afrique a toujours été une  pourvoyeuse sur le dos des guerres et du sang de ses enfants.

L’Afrique sera donc dans tous les sens, un centre d’intérêts à la fois économiques et stratégiques, mais pas forcément à son avantage.

Au regard de cette sorte d’espérance qu’incarne Macron, l’Afrique peut- elle tacitement épouser l’expérience de plus de 300 ans de démocratie à l’européenne  pour privilégier le choix d’un de ses meilleurs fils, s’inscrire dans un projet de société incarné par un fils du pays  sans égard pour ses origines ethniques ou régionales?

Certainement pas, tout autant que l’Europe particulièrement la France, n’est pas encore prête  à se voir diriger par une femme, ou un homme de couleur, pour des raisons qui ne sont pas toujours  les mêmes.

L’Afrique francophone reste à la périphérie de l’histoire. Elle est toujours  dominée politiquement, économiquement, militairement et intellectuellement.

Au demeurant, l’ élection présidentielle de 2017 en France a sonné l’échec de la bipolarisation de la vie politique entre la gauche et la droite.
Elle a fait place à la montée des intégrismes par l’entremise du Front National de Marine Le Pen et le retour des réseaux des lobbyistes financiers par l’émergence d’Emmanuel Macron.

On observe malgré tout  que le score des nationalistes, ne fait que progresser depuis 2002, c’est le signe d’un certain repli identitaire, provoqué par la stigmatisation des étrangers, l’entretien des peurs, l’ insécurité, la drogue, le terrorisme, qui font le lit de tous ceux qui se disent nationalistes.

En 2002, Chirac avait écrasé Jean Marie Le Pen au 2ème tour avec près de 82% des voix, en 2017 Macron est en deça  de ce score, mais curieusement, sa victoire reste plus significative,  Pourquoi?

En 2002, les gens n’étaient pas prêts à voir la France tomber aux mains du Front National. Puis est arrivée la droite décomplexée avec Sarkozy.

Aujourd’hui,  Marine a réussi à instrumentaliser ( le fameux  » on est chez nous  » qu’ on a entendu dans tous ses meetings ) et devoyer l’ amour que chacun éprouve pour son pays.

En effet, on est relié au pays dans lequel on a grandit , dont on parle la langue, qui vous donne une existence civile par des affects . Elle s’ est approprié ce sentiment.

Or, ce sentiment ne lui appartient pas.
C’ est entre autre sur ce point que Macron doit travailler pendant son quinquennat, car dans cette France des peurs où la fracture est profonde, il faut réconcilier les français.

Le vote des français d’origine étrangère et de couleur surtout, a largement été influencé par les prises de position extrémistes de Marine Le Pen. Mais est-il possible de renier d’un tour de main l’histoire.

La réponse est non. La France est foncièrement  une société multiraciale et il ne pourra plus jamais en être autrement. Elle doit assumer son histoire.

Toute politique de raccourci qui serait de nature à provoquer la fracture, le repli identitaire, la stigmatisation des étrangers et des français d’origine étrangère conduira à l’introduction de la violence dans les relations sociales.

En revanche, les français d’origine africaine ou résidents qui ont voté Marine Le Pen en espérant qu’elle changera la  politique africaine de la France pour régler les problèmes des dirigeants qu’ils ne veulent plus voir au pouvoir, entrent dans une forme d’intolérance qui n’a de différence avec les injustices qu’ils vivent eux-mêmes que le doigt qu’ils se mettent dans l’oeil.

Dans toutes circonstances, il y a toujours un candidat du moindre mal.
Macron est bien celui-là.

Les dirigeants africains sont appelés à faire preuve de beaucoup d’audace, de clairvoyance, d’ opiniâtreté pour tenir le bon bout face à la bourrasque qui arrive face à un Président, un parrain qui n’est ni de droite ni de gauche….

Eteya biso!

Gobrazza.com