La face cachée de la conférence nationale souveraine au Congo : quel héritage pour le pays ?

2 années déjà
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L’histoire retiendra que le plus grand héritage de la conférence nationale souveraine (CNS) est sans nul doute la libération du discours et la journée fériée du 10 juin qu’elle a légué au Congo et qui constitue la seule vraie fête nationale après le 15 août, journée de l’indépendance nationale.

Autrement dit, malgré le mémorable ‘’plus jamais ça’’, la cérémonie de lavement de mains qui est le symbole même de cette journée, au demeurant, les congolais se sont davantage déchirés, le pays a connu des guerres ayant provoqué des milliers de morts, engendrant la haine, les ressentiments, le replis identitaire, l’esprit revanchard, les frustrations et l’intolérance.

La parenthèse douloureuse de l’histoire du pays peine à se refermer. Malgré les efforts dans le forum pour la paix de 1998, le dialogue national en 2000, les accords de paix en 1999 et 2003, les amnisties décrétées, les concertations (Brazzaville, Ewo, Sibiti et Diata), rien à faire, la classe politique se trouve très écartelée à cause de ses intérêts égoïstes empoisonnant du coup la vie nationale. Ainsi les équilibres de paix sont restés toujours précaires.

Le département du pool est infréquentable en toute quiétude dans entièreté à cause d’un illuminé qui y a posé ses quartiers, bravant depuis 1998 jusqu’à ce jour l’Etat, devant la complaisance des patriotes, l’hypocrisie des politiques et l’impuissance de l’Etat à mettre un terme définitif à cette situation, et les attentes des paisibles populations pour un pays encore plus prospère et en paix.

En effet, 25 ans après sa tenue, on n’aura pas fini de s’interroger sur l’apport de la conférence nationale dans la vie nationale congolaise. D’aucun disent qu’elle a été insufflée par le vent de l’Est, d’autre ont estimé que c’est Mitterrand, donc la France avec sa conférence de la Baule qui voulait régler les comptes à certains dirigeants africains face à un certain immobilisme que pourtant favorisait la nébuleuse françafrique. En tout état de cause, il y avait en ces temps-là une réelle volonté des peuples africains à de plus en plus de liberté et de démocratie, mais aussi à s’affranchir de l’oppression et de la domination de l’occident.

C’est ici que la première contradiction à notre avis est née, celle qui rendra cette quête de liberté plus difficile qu’elle ne devait l’être.

Au Congo, le PCT parti Etat à l’époque sentant le vent venir avait décidé dès son congrès de 1989 de s’ouvrir et de déverrouiller ses principes et méthodes, mais ces changements étaient insuffisants face à la soif de liberté qui gagnait le peuple congolais.

Malheureusement, dès l’instant que la volonté populaire des peuples, sa soif de liberté et de changement se sont confondues avec les comptes à régler à Sassou-Nguesso président du Congo à l’époque par l’ensemble de ses opposants, ces anciens partenaires déçus ou démis, les revanchards pour des problèmes personnels ou privés, les aigris et les frustrés, la grande messe a été apprivoisée par les passions déliées, laissant libre court à tous les débordements, aux coups fourrés ; au point où, l’on se croyait dans une salle de théâtre.

Mais au-delà de tout, l’on retiendra que la conférence nationale a été le vecteur de la démocratie et le dispensateur du monolithisme. Elle était présentée comme devant apporter les réponses à la crise que vivait le pays et à ses problèmes fondamentaux. Mais en réalité, elle a surtout posé des problèmes qu’elle a légués au gouvernement de transition qui lui succédera en juin 1991.

On peut entre autre répertorier : le rétablissement de l’autorité de l’Etat, l’assainissement des finances publiques, la moralisation de la vie publique, la mise en place des instruments et outils de la démocratie, la culture des valeurs démocratiques, de liberté, de tolérance et de transparence.

Ce qui est indéniable, c’est l’espérance qu’elle a incarnée, bien que n’ayant pas pu en totalité combler les espoirs qu’elle a suscités. Aujourd’hui son héritage donne le sentiment d’un champ défriché, mais non labouré.

Elle a Hâtivement été idéalisée à cause des complots qu’elle cachait et des intentions en contour caché ‘’ ôtes toi que je m’y mette’’ de certains de ses tenants comme Bernard Bakana Kolelas et autres qui avaient créée des officines à bacongo pour distiller et préparer les interventions en salle, mais en réalité téléguidées dont le rendu en salle par divers intervenants donnait l’impression d’une diversité d’opinion et d’une véritable expression démocratique.

Ainsi apprivoisée et prise en otage par les lobbies de l’ombre qui avaient des agendas cachés au point de vouloir renverser en pleine salle les institutions en place, et particulièrement le président de la République, ces derniers s’étaient arrogés des pouvoirs exorbitants pour arriver à leurs fins.

Finalement, la conférence nationale n‘a eu de mérite que la libération du discours et le déverrouillage de certaines libertés, notamment la liberté d’expression, de manifester et autres libertés de groupes. Elle a plutôt mieux évacué les passions trop longtemps contenues au point qu’elle n’a suffisamment pas apprécié dans tous ses aspects l’ampleur de la tâche du futur gouvernement de transition.

Préoccupé par le départ au plus vite de Sassou-Nguesso, le délai de 12 mois qui était imparti à la transition est l’illustration parfaite de l’insuffisance de cette appréciation.

Malgré tout, c’était dans ces conditions qu’il fallait exercer une démocratie naissante. Or, l’exercice de la démocratie ne peut être efficace en l’absence des principaux gardes fous qui garantissent l’expression des libertés et l’affirmation de l’Etat de droit.

Cet état de fait s’est avéré un handicap pour le pays dans la mesure où, la passion politique en cette période a pris le dessus sur les intérêts supérieurs de la nation.

Le gouvernement de transition qui devait en premier lieu procéder à la mise en place de la nouvelle architecture institutionnelle issue de la constitution de mars 1992 ayant été lui-même pris en otage et apprivoisé par le groupe à Kolélas qui voulait régenter la transition et se servir du premier ministre André Milongo comme marche pied pour accéder au pouvoir, n’a finalement pas pu atteindre ses objectifs.

La transition s’est transformée en une guerre de tranchée entre les tenants et les prétendants au pouvoir au point de sacrifier l’essentiel de ce pourquoi cette conférence a été initiée au départ.

Dans un tel équilibre précaire, l’on ne peut pas être surpris par la suite des évènements, faite de conflits, de déchirements de toute nature, donc d’égoïsme, pour conclure qu’au final à quoi donc a servi la conférence nationale si ce n’est à préparer le lit des guerres, dans la mesure où l’essentiel de ses actes sensés créer la rupture entre l’ordre ancien et le nouveau sont restés dans les tiroirs, sacrifiés à l’hôtel des rancunes et des comptes à régler les uns envers les autres, au grand détriment du peuple congolais tout entier.

Eteya biso  to zala mayélé!!!!

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